Tristan Montier, nouveau vice-président Recherche et Innovation de l’UBO

« Ce n’est pas le titre de vice-président qui m’intéresse, mais la mission et l’opportunité de découvrir et d’accompagner les thématiques de recherche portées par les collègues. » Rencontre avec Tristan Montier, vice-président Recherche et Innovation de l’UBO depuis le 5 avril 2022.

Pouvez-vous décrire votre parcours en quelques mots ?

Je dirais que je suis un scientifique devenu aussi médecin. J’ai commencé par faire une thèse de sciences sur le transfert de gènes au moyen de vecteurs synthétiques. Ce sujet est resté ma thématique de recherche.
Je suis parti ensuite en postdoc à l’université d’Édimbourg chez David Porteous, puis je suis revenu à Brest. Là, incité par mes mentors, Claude Ferec, Yves Bizais et Pierre Lehn, qui tous les trois ont commencé par faire autre chose que médecine, j’ai entamé des études de médecine. Après l’internat, j’ai soutenu ma thèse de médecine. Et en 2014, je suis devenu PU-PH (professeur des universités – praticien hospitalier).

Que vous apporte cette double compétence : scientifique et médecin ?

À mon sens, ça m’a permis de voir avec deux yeux, et donc de voir en relief. Je m’explique : d’un côté, on a l’approche fondamentale qui s’intéresse à une pathologie pour expliquer les phénomènes moléculaires et cellulaires. Et de l’autre côté, l’approche clinique se concentre sur le patient et ses symptômes. Pour imaginer de nouvelles solutions, c’est indispensable de bien appréhender les tenants et aboutissants. La médecine, indéniablement, s’intéresse aux technologies de pointe pour diagnostiquer et guérir, mais elle doit rester profondément humaine et humaniste. C’est pour cela que tous les champs disciplinaires m’intéressent, car tout est important.

Vous êtes PU-PH, vous êtes donc à la fois praticien à l’hôpital, professeur et chercheur. Quelles sont vos activités dans ces trois domaines ?

Concernant le soin, je suis praticien au sein du service de génétique médicale et biologie de la reproduction du CHRU de Brest. Je m’occupe principalement de génétique constitutionnelle, et en particulier de pharmacogénétique. La pharmacogénétique permet d’affiner les traitements des patients pour éviter les effets secondaires. Je porte également la réalisation d’essais de thérapie génique, puisque Brest est centre investigateur pour un essai clinique dans la myopathie de Duchenne et reçoit les patients de tout le grand Ouest.

Côté enseignement, je suis responsable du master Biologie-Santé de l’UBO et je m’occupe tout particulièrement du parcours « Génétique, Génomique et Biotechnologies ». Depuis 3 ans et jusqu’à la fin de l’année je suis également président du jury PASS-LASS. Réforme que j’ai mis en place à l’UBO. Cela m’a permis de rencontrer de nombreux collègues dans les composantes et ce fut très riche.

Pour la partie recherche, j’anime l’équipe GTCA « Gene Transfer and Combined therapeutic Approaches » d’une vingtaine de personnes au sein de l’UMR Inserm 1078. Notre objectif est de développer des solutions thérapeutiques en utilisant des constructions d’acides nucléiques, pour 2 pathologies en particulier : la mucoviscidose et la myopathie de Duchenne. Je suis également membre du comité permanent du conseil scientifique de l’AFM Téléthon depuis 2018.

J’ai une quatrième mission, institutionnelle cette fois. Depuis 2016, je suis le fonctionnaire sécurité-défense (FSD) de l’université et en tant que tel je siège au CA. Depuis quelques semaines, le nouveau vice-président Recherche et Innovation. J’ai également eu l’honneur d’accompagner Christian Berthou dans son décanat à la tête de la faculté de médecine pendant 4 ans.

Comment appréhendez-vous ce rôle de vice-président et quelles seront vos premières actions ?

J’appréhende ce rôle avec gravité et sérieux. Je m’inscris pleinement dans le cadre de la politique du Président Matthieu Gallou. Pour la mettre en place, je souhaite, d’ici à l’été, aller à la rencontre de tous les collègues dans leur laboratoire. En tant que scientifique, je suis curieux des autres et de leurs thématiques… Échanger avec tous les collègues, je vois ça presque comme une friandise ! J’ai vraiment hâte d’aller les rencontrer ! Je mesure la charge de travail que cela représente, mais avoir l’occasion de découvrir tous les champs disciplinaires de l’université, c’est, pour moi, un cadeau.

Mieux connaître les équipes et comprendre leurs thématiques de recherche me permettra aussi de voir comment, avec la DRIVe, nous pouvons les accompagner. J’aimerais essayer de faire émerger des projets interdisciplinaires. En échangeant avec les collègues, on peut se rendre compte que certains travaillent sur des thématiques connexes. Je pourrai alors servir d’intermédiaire pour provoquer leur rencontre et encourager leurs collaborations.

Il y a un projet, en particulier, qui m’est cher : développer l’axe mer-santé. Nous avons de très belles unités de recherche dans ces deux champs de recherche, dont nous sommes collectivement très fiers à l’UBO. Mais ce n’est qu’un exemple, il y en a beaucoup d’autres. D’après moi, le VP Recherche et Innovation est là pour accompagner les collègues : je suis donc à l’écoute de leurs projets !

Quelles sont vos ambitions pour ce mandat de VP Recherche et Innovation ?

Maintenant que la phase d’évaluation de l’HCERES est passée, nous allons pouvoir entamer les projets liés à ce nouveau contrat. En suscitant et encourageant les projets aux interfaces, mon ambition est de faire rayonner la recherche brestoise au meilleur niveau, de créer des partenariats internationaux et industriels et de participer au développement économique du territoire. Un autre objectif est de renforcer les équipes de recherche et surtout de faire en sorte qu’un maximum de compétences se développent à l’UBO. Nous connaissons les grands challenges que nous devrons affronter dans les prochaines décennies et pour répondre à ces défis, certains existentiels, plus nous aurons de compétences disponibles, plus nous aurons la possibilité de créer de nouvelles connaissances afin de les surmonter.

Et je sais, qu’avec les collègues, Kristen Bosser et toute l’équipe de la DRIVe, nous allons y arriver ensemble. J’en profite pour saluer le travail réalisé par Christian Brosseau, à qui j’ai succédé.

Vous êtes également vice-président Sécurité Défense. Pouvez-vous nous décrire vos missions ? Et comment cela va s’articuler avec vos missions de VP Recherche et Innovation ?

J’ai effectivement les deux casquettes. Le VP Sécurité Défense, ou FSD, a deux interlocuteurs principaux qui conditionnent ses missions. Avec le ministère de l’Intérieur, nous mettons en place les dispositifs de sécurité sur les campus, comme Vigipirate. Mais surtout, je m’assure de la protection du patrimoine scientifique et technique, c’est-à-dire de ce qui est produit dans nos laboratoires. Protéger la propriété intellectuelle est également essentiel pour assurer la valorisation économique des travaux de recherche. D’après le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), ce sont 35 000 emplois à haute valeur ajoutée qui ne sont pas créés en France chaque année du fait de la captation du savoir des laboratoires et des entreprises françaises. Ces emplois, ce sont potentiellement ceux de nos étudiants, de nos enfants… Il faut donc que nous protégions mieux nos savoir-faire et nos compétences, tout en restant ouvert aux collaborations, en particulier avec nos partenaires européens. Ces axes sont en lien direct avec les missions de vice-président Recherche et Innovation. J’interagis également avec le ministère des Armées, pour faire le lien avec l’institution militaire et le secteur de l’industrie de la défense autour de Brest et Lorient, qui sont des partenaires de nos laboratoires de recherche.

Quelle est votre plus belle victoire en tant que chercheur ?

Les plus belles victoires, à mon avis, sont collectives. J’avoue que l’un des derniers articles que nous avons publié avec toute mon équipe et l’équipe COSM « chimie organique santé et matériaux » de Paul-Alain Jaffrès, les collègues chimistes de Rennes et Jean-Marie Lehn, qui est Prix Nobel de chimie, est pour moi une grande fierté. Les réussites scientifiques sur la thérapie génique nous permettent aujourd’hui de proposer des solutions à des enfants malades, qui hier n’avaient aucune issue. C’est fantastique d’être passé en seulement 20 ans du décryptage du génome humain (2001) à la thérapie génique ! Nous sommes en effet rentrés dans une ère nouvelle, celle de la thérapie par les gènes. Elle va être passionnante, mais va aussi ouvrir de nouvelles interrogations, notamment sur l’appréhension des traitements par les patients et leur famille. La thérapie par le gène est une haute technologie médicale, très intime pour le patient et leur famille. Pour ce nouveau champ d’études, nous aurons infiniment besoin de nos collègues des sciences humaines et sociales.
J’éprouve également un grand plaisir à transmettre ce que j’ai pu apprendre aux plus jeunes. Au travers des cours, nous essayons de former nos étudiants avec les dernières connaissances scientifiques pour qu’ils soient au meilleur niveau. Les aider à intégrer l’École de l’Inserm est chaque année une grande satisfaction. Maintenant, le moment que je préfère, c’est quand vous voyez les regards qui s’illuminent : ils ont compris ! Ou quand, à la fin d’une soutenance de master, un·e étudiant·e annonce qu’il ou elle a trouvé un emploi. Là, vous vous rendez compte de la portée et de la responsabilité de l’enseignement.

Ce que je retiens de mon parcours, c’est qu’on ne mène pas grand-chose tout seul. En recherche, comme dans le soin et pour l’enseignement, ce sont forcément des équipes. Et c’est ça qui est intéressant : le collectif. Tout en gardant son esprit critique, sa capacité d’observation, sa curiosité. C’est ce qui fait que j’aime passionnément notre métier !